3ème Nuit Excentrique, vue par Bob (22:55)
Retour sur la troisième nuit excentrique, version texte brut, sans image ni masse de liens, j'ai un peu du mal (et beaucoup de flemme) avec les technologies du futur.
Il y a des films qui vous changent la vie d'un homme, des acteurs qui le temps
d'un métrage rendent toute sa splendeur à la notion d'idéal. Merci donc au
Works d'avoir placé sur mon chemin Ninja Terminator et son fringant héros,
Richard Harrison.
Grâce à lui, je contemplais non sans émotion une salle comble arborant fièrement
t-shirt décorés de jaquettes de video-club, moustaches postiches et bandeaux
de ninja faits main. Attention ça démarre. Au programme quatre longs métrages
séparés par moults extraits et bandes-annonces peuplés d'acteurs majuscules, de
monstres ridicules et d'effets très spéciaux.
Il était difficile de se rappeler de tout, même en cours de soirée, tellement
le rythme était soutenu, la programmation chatoyante et la surprise permanente.
Heureusement un programme-souvenir nous a été remis pour compenser les effets
du manque de sommeil et des plans-nichons.
Tout d'abord, c'est bien de films excentriques dont il est question, ce que le
premier long-métrage a merveilleusement bien illustré. L'île aux femmes nues,
avec son titre aux consonnances grivoises, avait instillé en moi la peur, celle
de démarrer par un film vulgaire qui plomberait l'événement en s'ajoutant
aux petites déceptions de début de soirée.
Que nenni, il s'agit là d'un film très agréable, au ton et rythme aussi légers que bon enfant. Sur fond d'élection au conseil régional sur la côte d'Azur se déroule une comédie qui me rappele Molière, de par son héros bonhomme et un peu niais, son comique de situation, ses blagues potaches et son final plein de bon sens. Et même si on est bien dans un film naturiste (du torse uniquement) qui a peut-être paru osé et grivois à sa sortie dans les années 50, rien de bien choquant pour le spectateur du 21è siècle, si ce n'est le bon goût des slips de bains que portaient les éphèbes de l'époque. Pour moi une vraie découverte du cinéma populaire de nos grands-parents, empreinte d'une douce nostalgie qui fleure bon la douceur du Midi.
Deuxième film, on change tout. L'Homme-Puma, tentative italienne de super héros,
des pouvoirs mi-aztèques mi-extra-terrestres, une ambiance sonore hyper-moderne
pour les années 80, un sidekick inca aussi inexpressif que borné,
un copain pompier dans un camion aussi imposant qu'une Smart... le tout dans
une ambiance sonore illustrant dynamiquement les pouvoirs spéciaux du héros,
une petite mélodie pour montrer qu'il pressent le danger par-ci, un thème très
tendance au synthé par-là, soulignant par son lyrisme les envolées de
l'Homme-Puma.
Difficile de résumer toutes les qualités de ce grand nanar,
Nanarland le fait mieux que moi, et présente en sus dans
l'intercalaire vidéo ce moment-clef où le héros croit en ses pouvoirs pour
la première fois, allumant ainsi la joie dans les yeux de son boute-en-train
de compagnon.
Ce qu'il faut en retenir, c'est que c'est que de bout en bout on a affaire à un
monument, tout simplement. A voir et à revoir en boucle.
Troisième film, énorme coup de barre. J'en ai vu la moitié de ces rats de
Manhattan, de prime abord c'était le film qui m'inspirait le moins, donc a
priori désigné comme mon repos bien mérité sur la piste toujours plus
dangeureuse des tréfonds du nanar. Et pourtant qu'il y en a à dire sur ce film.
Un huis-clos palpitant avec des acteurs habités par le grand art et habillés
par le bon goût. Ou pas. Pas du tout en fait.
Des rats qui passent de l'état d'élements du décor, quand ils apparaissent pour
montrer que les héros sont dans un lieu abandonné, à une menace permanente,
grâce à la magie des jeux d'acteurs. Cette galerie variée de personnages forts
et subtils à la fois, arrive à exploser tous les sommets du ridicule en tombant
comme des mouches face à l'inexorable marée constituée de deux douzaines de
rats mangeant paisiblement les graines répandues à terre.
Mention spéciale aux gros plans, qui ont souligné avec justesse la tension
dramatique en s'attardant sur les museaux des rats et sur les cris d'effroi de
la protagoniste à la volumineuse chevelure. Heureusement que parfois ils
changaient de rat et que lactrice criait parfois derrière ses mains, sinon on
aurait pu deviner qu'ils étaient légers niveau budget.
Quatrième film, autre métrage attendu, le bras armé de Wang Yu contre la
guillotine volante. En fait je parie que le titre a été racourci, ça aurait dû
être le bras armé de Wang Yu contre le moine assasin, vengeur et aveugle avec
sa guillotine volante. Voilà, vous avez le scénario dans son intégralité, comme
à l'accoutumée avec ces vieux films de king-fu où le film se termine souvent sur
une image fixe du grand méchant qui se prend la botte secrète du héros dans la
poire avec le mot FIN qui zoome élégamment par dessus.
En protagonistes additionnels pour le tournoi du film, un japonais très fourbe,
un indien très extensible, une fille très féminine et un jeune Chat Sauvage
très mélomane. Si vous ne le savez pas, un tournoi dans un film de kung-fu
c'est comme aller chercher une baguette chez le boulanger pour vous, un acte
tout à fait normal, mortel et somme tout assez banal de la vie quotidienne.
C'est divertissant, l'action est bien chorégraphiée, un bon film d'action à
l'ancienne quoi, avec en plus des personnages amusants et un héros super
sournois, manchot et pas loyal pour un sou, mais qui a quand même la classe,
et surtout un doublage français à la hauteur de la diffusion de ce film dans
les salles françaises. Accent faussement anglais pour la fille, un Weng Yu
blagueur, des répliques irréelles...Là encore du film de haut vol, parfait pour
assurer le spectacle en début de matinée.
Le tout était bien sûr truffé de vidéos diverses, d'extraits tantôt
hilarants tantôt abrutissants, surtout les bandes-annonces d'il y a une
vingtaine d'année, répétant jusqu'à ce que mort cérébrale s'ensuive le titre du film.
Souvent ce dernier est évocateur, même si l'image que l'on s'en fait n'est le plus
souvent qu'une bien piètre parodie de la réalité. Donc ça y va gaiement tout
en ratissant large : Justice de Flic, la Zézette plaît aux marins, Kung-fu
n'y va pas de main morte, Une vierge pour St Tropez, Superflic se déchaîne,
Dracula vampire sexuel, Super Inframan, Slips en Vadrouille,
ou encore Miss Karaté : jeux de mains, jeux de chinois .
Certains motifs reviennent quand même. On a parlé de l'annonceur qui se répète, mais il
y a aussi l'utilisations abusive de l'univers du 3è Reich, de l'extrémité potache
à celle "érotique" du spectre; et si je mets des guillements c'est pour une raison simple.
Ma définition de l'érotisme en a vu des vertes et des pas mûres ce soir-là.
On a aussi vu beaucoup de franchouillardises, qui finalement s'avèraient bien souvent
être italiennes.
Contrairement à ce qu'on avait pu penser, le surprenant "Sexe qui chante"
est bien un film américain,
comme quoi le puritanisme en vogue outre-Atlantique n'est peut-être qu'une mode.
Et mine de rien, tous ces extraits permettent de jeter un regard vrai sur une culture
populaire des années 70-80 déjà tombée dans l'oubli, et rien que pour ça, ça valait le coup.
On a aussi découvert le bonheur qu'est la VF pour les nanars. C'est simple, on ne regarde
quasi-exclusivement que de la VO avec Delf, mais le grand talent des doubleurs français pour le nanar
apporte, tel un assaisonnement bien dosé, la touche finale à un plat bien goûteux.
Pour finir, la véritable surprise, le moment fort en émotion : l'interview de Richard Harrison lui-même, réalisée par des membres de Nanarland. Très instructive et remarquablement illustrée, là encore un merveilleux souvenir de plus en hommage à un grand du cinéma Bis.
Finalement cette nuit a bien porté son nom et m'a vraiment fait découvrir le monde féérique du nanar. Car au-delà de la tranche de rigolade, de l'avalanche de séquences tellement nulles qu'elles soulèvent des questions existentielles, c'est aussi un patrimoine pas forcément glorieux, mais néanmoins riche, historique et populaire qu'on entrevoit entre deux plans-nichons. Un peu comme les farces de Molière en somme.


Merci, merci pour cette merveilleuse review ! *o*
Un jour, oui un jour, j'assisterai aussi à une nuit du nanar !